Mbao est rendu tristement célèbre par le feuilleton du mariage homosexuel qui a eu lieu dans ce village traditionnel lébou en février 2008. Comme si cela ne suffisait pas, trois ans après, les populations assistent à un nouveau phénomène qui prend des proportions inquiétantes : les auberges. Situé à environ 9 km du centre-ville de Dakar, Petit Mbao, qui se trouve dans le périmètre communal de Mbao, tend à devenir le nid d’amour de politiciens, lutteurs, artistes, prostituées de Dakar. Et… des goorjigéen (homosexuels) de la banlieue. Pourquoi ? La réponse coule de source. Les populations, qui ont organisé une marche contre le projet d’installation d’une station d’épuration et d’émissaire de rejets de mer, parlent de 1a situation géographique de Petit Mbao. Elles en ont profité pour ouvrir la chasse aux « lieux de débauche».

MARCHE DE PROTESTATION DES POPULATIONS La chasse aux auberges

«Y’en a marre des auberges» est devenu le leitmotiv des populations de Petit Mbao. Ces dernières ont investi les rues de leur village pour dénoncer les deux activités les plus polluantes de leur localité : les pollutions toxique et sexuelle. Aussi ont-elles décidé d’aller en croisade contre ces deux fléaux:

Que les propriétaires et autres gérants d’auberges soient avertis. Les populations de Petit Mbao ont décidé de nettoyer leur village de tous ses maux qui ont pour noms : auberges et pollution des industries de production de déchets toxiques.

«Je n’ai pas peur de révéler mon identité parce que je suis sûr de ce que j’ai vu. J’en suis même témoin tous les jours. Et me taire serait un crime », précise d’emblée Daouda Ndiaye, alias Dève, artiste de son état, qui participait à la marche organisée, il y a douze jours, par les populations de Petit Mbao. Et d’expliquer : «Cette marche n’est qu’un avertissement. Nous avons décidé de mettre en place une association pour la défense des intérêts de Petit Mbao. Nous allons passer par toute la procédure légale afin d’avoir un récépissé. Dès que ce sera faite nous allons prendre notre destin en main et nettoyer Petit Mbao de toutes ces saletés qui peuvent ternir la réputation du village. Nous allons détruire tout ce qui est auberge dans le village. » Car, informe notre interlocuteur, «Petit Mbao est en train de devenir le lieu de débauche par excellence des prostituées et autres homosexuels de Dakar ». C’est ainsi qu’«il est de notre devoir de dénoncer cette situation qui menace la quiétude de notre village parce que nos sœurs sont exposées plus que n’importe qui et nous n’allons pas rester en spectateurs jusqu’à ce que le mal finisse par nous détruire». Dève est visiblement très en colère contre les propriétaires qui n’auraient pas, pour la plupart, d’autorisation d’ouvrir de tels établissements. «Ce qui me fait le plus mal, c’est que toutes ces auberges qui sont sur la plage n’ont pas de licence ni la moindre autorisation. Elles sont toutes clandestines », martèle Dève l’artiste. Qui laisse entendre que les prostituées font un balai incessant du matin au soir au vu et au su de tout le monde et sans scrupule. D’après Alioune Seck, qui embouche la même trompette que son ami, la situation est plus qu’alarmante au point où ces auberges sont installées même à côté des cimetières musulmans, de la mosquée et de la maison de l’imam de Petit Mbao. «Avec 1.000 francs, on se paie une bonne passe de quelques heures et avec 5.000 francs, c’est une nuitée. C’est écœurant. Même les goorjigéen en ont fait leur refuge sans qu’aucune autorité n’en parle», dénonce le jeune rappeur.. Qui se désolé de constater que la localité ne dispose même pas du plus petit air de jeu ni d’espace vert, ni centre ado encore moins de dispensaire. En un mot, «Petit Mbao est dépourvu de toute infrastructure ou autres services sociaux de base».

SITUEES A COTE DES CIMETIERES ET DE LA MOSQUEE Ces auberges les plus fréquentées

Des préservatifs qui jonchent le sol aux abords de la mosquée et des cimetières tous les matins. C’est tout ce qu’il a fallu pour déterminer la fréquence de fréquentation des auberges.

«Nous voyons toutes sortes de clients de toutes les catégories sociales. Il s’agit d’artistes, d’élèves, de lutteurs. Mais les plus fréquents sont les politiciens. Et ce qui est le plus grave, c’est qu’ils n’habitent pas Petit Mbao. Ils viennent de Dakar et d’ailleurs», renseignent Daouda Ndiaye et Alioune. Selon eux, Petit Mbao est devenu le petit nid d’amour de ces derniers qui s’y réfugient pour passer du bon temps avec leurs copines. La preuve, déclarent-ils, «chaque matin, ce sont des dizaines de préservatifs utilisés qui recouvrent les alentours de la mosquée, des cimetières et la plage». Et Oumy Ndoye d’aller plus loin en révélant le nom de l’auberge en question. «En tant que jeune fille, je déplore fermement la situation. Les auberges ont une mauvaise influence dans un village comme Petit Mbao. Tout comme les clients, je rejette la responsabilité sur ces propriétaires qui, sans vergogne, ont construit leurs établissements à côté de certains lieux sacrés comme les cimetières ou la mosquée. Lorsqu’il y a un enterrement, c’est devant l’auberge que le corps passe et lorsque leurs fenêtres s’ouvrent, ils peuvent assister à l’inhumation d’un corps», indique la jeune femme. Toutefois, notre interlocutrice demeure persuadée que les prostituées ne sont pas toutes des «étrangères» de Petit Mbao. D’après elle, bon nombre d’entre elles sont du village.

Mame Mai plaide, pour sa part, pour que tous les jeunes se mobilisent pour débarrasser Petit Mbao de tous ces hôtels. «C’est franchement déplorable. En tant que jeune fille, il m’arrive de croiser des filles que je connais et qui habitent le village en direction de ces auberges. C’est la réputation de toutes les filles qui est ainsi ternie. Les gens ne pourront pas comprendre que ce n’est pas toutes les filles parce qu’ils nous mettent toutes dans le même loi», a-t-elle conclu.

À COTE DE LA PASSE Des piscines-party entre goorjiguéen

Dans certaines auberges de Petit Mbao, il s’y passe des pratiques qui dépassent l’imaginaire et qui sont pires que le mariage des homosexuels célébré à la Maison des amis de la nature. Les populations ont profité de leur marche pour en faire la révélation.

«Je suis chauffeur et à ce titre, je sais tout ce qui se passe ici. Ça me fait mal parce que j’habite la localité. Nous l’avons une fois dénoncé à la gendarmerie, mais rien. Il m’arrive de transporter ces gens qui fréquentent ces lieux de débauche. Et chaque semaine, les homosexuels organisent des soirées piscines-party sans être inquiétés», a révélé Abdou Bâ en marge de la manifestation des jeunes. Le chauffeur de clando explique : «Ce sont des goorjigéen qui viennent de la banlieue notamment Fass-Mbao, Yeumbeul, etc. Au cours de ces soirées, les hommes sont en slip et caleçons et les filles en maillots de bain deux pièces. Je vous assure que ce que je suis en train de vous raconter même les tout-petits de Petit Mbao le savent parce que ces gens ne s’en cachent pas». Pis, renchérit cette mère de famille du nom de Ndèye Soukey : «Nous sommes angoissées à l’idée de savoir des prostituées et des goorjigéen fréquenter notre village. Laissez-moi vous apprendre qu’il se passe dans ces auberges des choses qui sont pires que ce qui s’est passé avec le mariage des homosexuels à la Maison des amis de la nature.» Sa voisine résume le mal en une seule phrase : « C’est la débauche au vrai sens du terme.» D’après Kiné Fall, toutes les mères de famille de Petit Mbao assistent impuissantes à ce fléau, la mort dans l’âme. Avant de faire savoir que le pire est attendu pendant les Vsd.

Dans la foulée, ces mères de famille lancent un cri du cœur pour demander aux autorités locales de sévir avant qu’il ne soit trop tard. «Si ça dépendait que de nous, les autorités allaient réagir pour régler le problème. Car, ces auberges sont en train de causer beaucoup de tort. Nous, les mères de famille, ne dormons plus que d’un seul œil. Nous tendons la main à toute personne qui peut nous aider à bouter ce mal hors de notre localité», martèle Soukèy.

Aussi Abdou Bâ engage-t-il la responsabilité des autres chauffeurs qui transportent «en toute connaissance de cause » les prostituées et autres homosexuels. «J’avoue aujourd’hui que les chauffeurs de clando ont une grande part de responsabilité dans ça à cause des billets de 1.000 francs empoisonnés que ces gens-là leur donnent. En tant que chauffeur, je suis furieux d’entendre un client me demander de le conduire à l’auberge qui est près de la mosquée où la passe est à 5.000 francs et la nuitée à 10 mille», s’offusque notre interlocuteur.

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